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ESCAPADE EN GASTÉROPODIE
1ère étape
Bien que dûment munis du Guide du Croûtard, nous étions, en ce bord de vallée escarpée, perplexes, interrogatifs, les marche d’approche à travers monts et vaux. Nous avions faim et froid, mais par-dessus tout étions avides d’atteindre la Gastéropodie, cette mystérieuse petite république qui se dérobait sans cesse, ne figurait sur aucune carte, dans aucune description touristique de la région. Personne jusqu’ici n’avait été en mesure de nous renseigner, sauf quelques indigènes aux propos confus qui nous considéraient avec suspicion, avec incrédulité…des gens qui allaient chez les Gastéropodes, quelle idée saugrenue !
Et pourtant, notre instinct nous dictait que ce petit pays devait être là, quelque part, derrière cette montagne creusée, labourée de toutes parts par les hommes qui l’avaient exploitée pour le ciment qu’on en avait tiré…derrière cette montagne noyée dans la brume où, disait-on, les gnomes et les microbiotons des grottes se donnaient rendez-vous pour échanger leurs pierres précieuses. Valait-il mieux monter directement par ce chemin très raide, cette charrière qui escaladait fougueusement la forêt ou contourner la forte pente en longeant la cluse, où la rivière, au parfum d’apéritif, grondait au pied d’un vieux château en ruine, d’un castel rond dont il ne subsistait que quelques pans de murs ?
Le choix était difficile, cornélien : escalader le versant abrupt et sa magnifique hêtraie bruissante de toutes les mélodies de la Nature ou longer la rivière tumultueuse, la route bruyante, la voie ferrée grondante ? Nous optâmes trivialement pour l’étroite vallée, son vacarme civilisateur, sa route, son chemin de fer et nous arrêtâmes en lisière de forêt, juste au-dessus d’un petit village enserré entre deux défilés étroits aux pénombres inquiétantes. C’est là que nous reprîmes nos esprits en contemplant le vallonnement verdoyant qui filait vers l’ouest et où, disait-on, les ours se pavanaient tout à loisir, sur les armoiries et dans les bois.
(à suivre)
ESCAPADE EN GASTÉROPODIE
2ème étape
Il est temps de se remettre en route à la découverte de cette singulière république de Gastéropodie, dont on ignore toujours tout. Quant au Guide du Croûtard, il est plus muet qu’une carpe. Notre pause à l’orée du bois ne l’a pas rendu plus bavard. Plus on avance, plus on a l’impression que le but se dérobe, qu’il s’éloigne comme un mirage du Tanezrouft. Les gens interrogés se montrent évasifs, de plus en plus évasifs et nous donnent l’impression de nous considérer comme des extraterrestres, des Martiens, ou des illuminés à la quête du Graal. « Que peuvent-ils bien vouloir avec leur… ‘Gastropodie’, leur… ‘Gastrofolie’, leur…‘Gastérologie’ ? Des illuminés, des dingues, des agités du bocal, mais parfaitement inoffensifs ! » Un brave homme interrogé avec insistance est même parti à reculons avant de choir dans un magnifique massif de mûriers d’où on a eu toutes les peines du monde de l’extraire. En voilà un enfin qui va se renseigner !
La Gastéropodie est aussi énigmatique qu’une petite république caucasienne ou himalayenne coupée de la civilisation électronique globale. C’est la réflexion que nous nous faisons en atteignant le sommet d’un mont et en débouchant dans la pleine lumière d’un magnifique petit vallon qui court à l’horizontal.
Cette vallée en miniature, c’est bien une sagne comme on en rencontre dans la région, une sagne bordée tant à droite qu’à gauche d’une épaisse tignasse de forêt qui recouvre un flanc de montagne abrupte. Le chemin est si parfaitement tracé, rectiligne, en pleine prairie que nous sommes persuadés que ce n’est pas par là qu’il faut chercher. La Gastéropodie a certainement plus d’un tour dans son sac et allez savoir si elle n’a pas signé un pacte avec les génies de la Nature pour nous égarer comme de gros dadais. On a en effet l’impression d’être environnés de chuchotis, des voix flûtées de petits êtres qui pouffent de rire sur notre passage.
(à suivre)
Si vous avez découpé la première étape parue la semaine passée, vous trouverez une aide pour répondre aux trois premières questions du concours… continuez de collectionner les aventures en Gastéropodie !
Quel est le nom de la rivière au parfum d’apéritif ?
Dans les bois de quel village et sur quelles armoiries,
les ours se pavanaient tout à loisir ?
Où trouve-t-on un vieux castel rond en ruine ?
(Questions suivantes, la semaine prochaine !!)
ESCAPADE EN GASTÉROPODIE
3ème étape
Cette fois, nous choisissons délibérément la difficulté. Nous ne suivrons pas le fond agreste de ce petit val ensoleillé. Les clins d’œil qu’il nous décoche nous paraissent suspects. Comment les terres de Gastéropodie pourraient-elles se trouver par là au fond à l’est, banalement entre ces deux chaînes de montagne ? Tout doit être enrobé d’un mystère autrement plus épais. Aussi décidons-nous de prendre à gauche la route qui s’élève dans la forêt à flanc de coteau. La pente est raide ! L’effort est héroïque! Nous savourons notre abnégation en silence. (Il faut être de sacrées boursouflures pour grimper par ici !)
Enfin, le Guide du Croûtard nous l’avait indiqué : des maisons sur un magnifique petit replat ! Et voici tout un village montagnard qui s’offre à nos regards, sagement aligné le long d’une grand-rue, dominé par une forte pente boisée, par une côte qui le protège des grosses turbulences du nord-ouest. Que ces gens ont été avisés, voire rusés en se blotissant dans cet écrin de futaies, de bocages, de prairies et de sources qui filtrent de toutes parts ! Étaient-ils conscients qu’ils avaient squatté l’antichambre du paradis ? Et ils ont été tellement contents de leur sort qu’ils se sont mis à fabriquer frénétiquement des clous, des chaudrons, tout un attirail pour sorcières et fakirs.
Il n’y a pas à tortiller. C’est décidément vers l’est qu’il faut filer, traverser ce village de soudous et de magnins pour apercevoir vers le levant, en contrebas, le petit vallon que nous avons quitté tout à l’heure et qui, fidèle à lui-même, continue son bonhomme de chemin entre les deux mêmes plis montagneux. Une route étroite, qui porte étrangement le nom d’un col des Alpes bernoises, coupe la petite combe où les sorcières avaient jadis coutume de célébrer leur sabbat, puis aboutit au cœur du petit val, où l’on prétend que les oiseaux sifflent mieux qu’ailleurs. Et voici qu’émerge un nouveau village, mais alors, quel village !
(à suivre)
Avez-vous lu la 2ème étape de l’escapade en Gastéropodie ? Alors, vous trouverez sans doute les réponses aux trois questions suivantes :
Les promeneurs du Guide du Croûtard ont atteint un magnifique petit vallon. Sur leur gauche, ils aperçoivent un bâtiment explosif : quel est son nom ?
Quels petits animaux, génies de la Nature aux voix flûtées et moqueuses, ont donné leur nom à ce charmant vallon ?
Cette vallée en miniature abrite une école renommée (DTC) : sur quoi y travaille-t-on ?
Sur des fils à couper le beurre, sur des fers à bricelets, sur des trous de flûtes douces, sur des automobiles, sur des charrues à vapeur ?
Gardez précieusement toutes les réponses, vous pourrez ainsi remplir une grille récapitulative et gagner de magnifiques prix !
ESCAPADE EN GASTÉROPODIE
4ème étape
Notre fidèle et néanmoins peu convaincant Guide du Croûtard prétend que le temple qui domine le village fut jadis dédié à saint Étienne, que ce lieu est le centre de la Baroche, du patois francoprovençal parotche, en d’autres termes la paroisse. Nous en déduisons que nous venons de pénétrer dans une minuscule Rome protestante, toutefois sans l’apparat, sans la pompe propre à frapper le bon peuple, mais tout aussi imprégnée de mystère. Les autochtones que nous rencontrons n’ont pas le regard extatique que nous espérions croiser en cet endroit si chargé de mystique. Ils l’ont certainement perdu au contact pernicieux des citadins mécréants et envahisseurs. Enfin, le site est beau, divisé symboliquement en deux entités : un fond de vallée aux vénérables fermes alignées le long d’une chaussée orientée ouest-est, où le soleil renâcle à pénétrer une partie de l’hiver, un versant ensoleillé qui s’est couvert de demeures aux origines fréquemment allogènes. Le bel édifice du culte, impavide, altier, veille de son éminence sur ces deux communautés qui s’observent dans un rictus d’apaisement.
Alors que le village perché sur la montagne que nous venons de quitter se vautre impudemment sur son balcon plein midi, la petite capitale de la Baroche se partage dans le bas entre sa sagne, son droit et son envers. Les fleurs sont depuis longtemps écloses dans les prairies du haut que la neige règne encore en maîtresse dans le fond de la petite vallée. Peut-être est-ce cette particularité climatique qui a façonné le caractère volontaire, dur à la tâche d’une population toute tournée vers le labeur. Toujours nulle trace de Gastéropodie !
(à suivre)
Des dentiers en fer ? des microscopes ? des lunettes de WC ? des chaudrons ? des accordéons à roulettes ?
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Comme d’habitude, gardez précieusement vos textes et vos réponses et passez de bonnes fêtes de Pâques !
A mettre dans un cadre à découper.
ESCAPADE EN ESCAPADE EN GASTÉROPODIE
5ème étape
Réunis sur la place Saint-Étienne de notre mini- Rome protestante, nous nous plongeons une fois encore avec componction dans ce Guide du Croûtard qui, décidément, nous laisse sur notre faim. Un autochtone questionné sur la Gastéropodie, son existence, sa localisation géographique, daigne se montrer plus coopératif et, d’un clin d’œil entendu, l’index pointé vers l’est, nous déclare au souffle : « La Gastéropodie, c’est par là-bas, derrière la colline que vous voyez tout à l’est. Vous ne pouvez pas vous tromper… Mais faites attention ! Les embûches ne manquent pas. On a même appris que des voyageurs avaient disparu avec armes et bagages après la Fin-Dessous. Il y avait là autrefois des marais profonds. Il en reste quelques gouilles parfois inquiétantes. Prenez garde à la salamandre géante, à la perfidie de la couleuvre musicienne ! Sur votre droite, vous verrez un petit bois dans la pente, l’Île du Diable. Heureusement, vous ne passerez pas par là. On dit qu’une dame sans tête effraie les gens qui s’aventurent dans ces parages. Si vous l’apercevez, fuyez ! »
Le vallon se rétrécit insensiblement. Notre attention est attirée sur la gauche par le ruissellement d’une source. C’est une magnifique fontaine au débit généreux. Serait-ce la fontaine de Jouvence aux eaux fabuleuses qui rajeunissent ceux qui s’y baignent. Serions-nous devenus des chevaliers errants avides d’immortalité ? Pour l’instant, le seuil de l’éternité, c’est cette fameuse Gastéropodie que nous n’avons toujours pas atteinte. Le chemin, soudain, traverse la petite vallée et s’élève à droite sur le versant de la montagne sous d’épaisses frondaisons. Quelque chose d’imperceptible nous dit que nous pourrions bien toucher au but. Ne crions pas victoire. Le mystère est encore entier…
(à suivre)
Nos randonneurs ont atteint un village qui s’étire dans le fond du vallon.
Comment s’appelle-t-il ?
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Si un canidé griffu décore le blason du village, c’est un autre animal qui prête son nom au restaurant. Lequel ?
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Quel nom de 8 lettres, rimant avec Voiblet, désigne aussi des familles originaires du lieu ?
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Comme d’habitude, gardez précieusement vos textes et vos réponses!
A mettre dans un cadre à découper.
ESCAPADE EN GASTÉROPODIE6ème étape
La forêt s’éclaircit, s’efface et c’est le triomphe de la lumière. Quel magnifique coup d’œil ! Une première maison dans la pente à droite, une deuxième, une troisième, d’autres encore qui dominent le chemin ainsi que toute la vallée à notre gauche. Juste en face, un grand bâtiment blanc surmonté d’un clocheton : l’école ! Une rue abrupte escalade la colline vers l’ouest, une autre descend vers l’est, vers les lointains horizons de l’aurore. Partout, au cœur du village, de magnifiques édifices aux vieilles pierres paysannes, de grandes et généreuses toitures. Aurions-nous atteint notre but ? Serait-ce ici cette Gastéropodie légendaire ? Ce village qui s’est construit sur une colline arrondie et sur une terre rouge, Mons rotundus mais aussi Rothmund ? Ce village entré dans l’histoire sous le nom de Romont ? Ce village peuplé de Rominats ?
Mais alors, cette Gastéropodie qui a titillé notre imagination tout au long de nos errements, de notre marche d’approche, et qui continue à nous interpeller ? Cette Gastéropodie, c’est quoi ? Cette petite république légendaire sur laquelle notre vaillant mais approximatif Guide du Croûtard est resté obstinément muet, où se terre-t-elle ?
La clef de l’énigme nous est enfin donnée par un Rominat à l’œil malicieux. «Vous aurez beaucoup de peine à trouver ici un citoyen qui voudra vous donner une explication. Nous, les Rominats, nés avec le Code civil sous le bras, sommes réfléchis et circonspects en toute chose. Notre proverbiale lenteur est une attitude philosophique devant les aléas de l’existence. Nos voisins, par jalousie, nous traitent de lambins, de calculateurs, de schneckes, de schnackes, ou, si vous préférez, d’escargots, de limaçons, de colimaçons, de la classe des gastéropodes qui, avec leur pied musculaire ventral, parviennent à se déplacer de plus de 112 mètres à l’heure… Or, tout cela n’est qu’une attitude contemplative !
Qu’est-ce qui manque à la dame qui hante l’Ile du Diable ?
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Une fontaine glougloute au pied de la montagne. Son eau est-elle tiède, polluée, fraîche, du tonneau ou de Cologne ?
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Autrefois, à la Fin-Dessous, ils étaient profonds. Aujourd’hui, ils sont parfois inquiétants, parfois inexistants. De quoi s’agit-il ?
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Comme d’habitude, gardez précieusement vos textes et vos réponses !
Questionnaire relatif à la 6ème étape :
Le village de Romont s’est construit sur une colline : carrée, escarpée, fleurie, arrondie, boisée ?
Si l’on regarde loin vers l’est, on aperçoit une ville, capitale d’un canton. Quelle est cette ville ?
Quel bâtiment quinquagénaire, surmonté d’un clocheton, peuvent-ils admirer en arrivant ?
Nos sympathiques escargots, partis de Péry le 10 mars 2007 à la recherche de la Gastéropodie sont donc enfin arrivés à destination.
Un grand merci au célèbre auteur, Raymond Bruckert, qui a imaginé les aventures que vous avez pu suivre régulièrement depuis leur départ, ainsi qu’au talentueux dessinateur, Rémy Grosjean, qui a créé « le promeneur d’escargot » chargé d’attirer notre regard chaque semaine.
Malgré un détour involontaire par Plagne, les aventuriers, de vrais « Escargonautes » qui n’ont rien à envier à Jason et à ses Argonautes (cf. légende grecque), ont atteint leur but bien assez tôt…
Quel beau village !
En attendant la fête, laissons-les partir à la découverte des lieux et de ses habitants.
Ils ont pu constater que les préparatifs allaient bon train… Nous en aurons certainement des échos… dans l’Echo !
La semaine prochaine, ne manquez pas la grille qui vous permettra de reporter vos réponses et de participer au concours !
Suite des aventures en Gastéropodie...
Nos escargonautes, en attendant la grande fête de juin, profitent de découvrir le petit village de Romont. Il suffit de regarder autour de soi, de prendre la peine d'observer et d'écouter... et l'on peut découvrir une multitude d'endroits chargés d'histoire, d'anecdotes pittoresques qui fleurent bon le temps passé. C'est ainsi que les visiteurs, qui s'accordaient une pause devant la fameuse école quinquagénaire, remarquent une magnifique petite bâtisse, là, tout près, de l'autre côté de la route. Une maisonnette soignée, aux murs crépis de blanc, aux fenêtres ornées de petits carreaux, au toit de tuiles soigneusement alignées. Ils décident de traverser, et de se renseigner sur ce bâtiment...
La forge
Quelle n'est pas leur surprise lorsqu'ils apprennent que la «maison Charly», comme elle a été baptisée par ses propriétaires, est pour les Rominats « la forge », puisqu'elle abritait en effet l'ancienne forge du village ! En creusant encore un peu, ils découvrent que cette petite maison a même accueilli les écoliers du village, avant de résonner des coups énergiques donnés par le forgeron sur son enclume !
L'artisan qui travaillait dans cette forge, un homme solide, très grand, moustachu, répondait au nom de Charles Bourquin. Les Rominats se souviennent bien de son fils, Charly, qui a repris l'entreprise familiale. Il roulait sur une moto «Condor» qui faisait rêver tous les gosses ! Le travail ne manquait pas, et il rendait volontiers service à tous ceux qui faisaient appel à lui. Les garçons du village allaient le trouver pour qu'il les aide à achever leurs caisses à savon et leur permettre ainsi de dévaler la route sur des bolides solidement soudés...
Les escargots, ravis d'avoir découvert cet endroit, décident de partir à la découverte d'autres trésors... d'autres lieux qui ne demandent qu'à livrer leurs souvenirs... Nous en saurons plus la semaine prochaine !
Rappel des questions posées à chaque étape du voyage :
Etape 1)
Quel est le nom de la rivière au parfum d'apéritif ?
Dans les bois de quel village et sur quelles armoiries les ours se pavanaient-ils tout à loisir
Où trouve-t-on un vieux castel rond en ruine ?
Etape 2)
Les promeneurs du Guide du Croûtard ont atteint un magnifique petit vallon. Sur leur gauche, ils aperçoivent un bâtiment explosif : quel est son nom ?
Quels petits animaux, génies de la Nature aux voix flûtées et moqueuses, ont donné leur nom à ce charmant vallon ?
Cette vallée en miniature abrite une école renommée (DTC) : sur quoi y travaille-t-on ? Sur des fils à couper le beurre, sur des fers à bricelets, sur des trous de flûtes douces, sur des automobiles, sur des charrues à vapeur ?
Etape 3)
Comment appelle-t-on le village perché sur un magnifique petit replat ?
Qu'est-ce que les magnins, anciens artisans du lieu, fabriquaient ?
Des dentiers en fer, des microscopes, des lunettes de WC, des chaudrons, des accordéons à roulettes ?
Une route étroite descend du village en direction de l'est. Quel nom, inspiré des Alpes bernoises, porte-t-elle ? Le Petit...
Etape 4) -
Nos randonneurs ont atteint un village qui s'étire dans le fond du vallon. Comment s'appelle-t-il ?
Si un canidé griffu décore le blason du village, c'est un autre animal qui prête son nom au restaurant. Lequel ?
Quel nom de 8 lettres, rimant avec Voiblet, désigne aussi des familles originaires du lieu ?
Etape 5)
Etape 6)
Nous vous rappelons que vous trouverez facilement les réponses dans les textes parus les semaines précédentes.
N'oubliez pas de faire parvenir votre carte postale avec le mot-mystère jusqu'au 4 juin 2007 ! Des prix alléchants, offerts par des commerçants et artisans de la région, seront à gagner. Le tirage au sort des vainqueurs aura lieu le samedi 23 juin 2007, lors de la fête de l'école.
50 ans de l’école 22 et 23.6.2007
Suite de la découverte de Romont…
En quittant la forge, les escargonautes sont pleins de courage et d’énergie. C’est pourquoi ils relèvent le défi que leur lance la route qui monte, si raide, et qui semble mener à la montagne de Boujean…
Ils doivent bien sûr s’arrêter souvent, car la pente est vraiment impressionnante, et ils ont bien du mal à reprendre leur souffle. Cependant, l’effort est récompensé : ils voient tout d’abord une maison qui semble être là pour le bonheur des oiseaux. De nombreux nids en ornent la façade, il s’agit sûrement de la demeure du célèbre ornithologue, celui-là même qui organise les nuits de la chouette dont ils ont entendu parler… Mais qui dit oiseau dit aussi danger pour un escargot… Ils reprennent donc leur route ! Quand ils se retournent sur le village, ils découvrent une vue magnifique sur le plateau, et aperçoivent très nettement Soleure et ses faubourgs. Plus haut, dans les pâturages, ils rencontrent de drôles de bêtes à cornes, bien plus grandes qu’eux, et bien plus poilues aussi ! Mais ces vaches « highlanders », puisque tel est leur nom, ont l’air tout à fait inoffensives et ne s’intéressent pas à nos gastéropodes. Bien plus tard, quand ils ont réussi à se hisser sur la petite colline, plus haut dans la forêt, ils sont émerveillés par le spectacle : une vue époustouflante sur tout le plateau, les lacs, et plus loin, au sud, sur toute la chaîne des Alpes ! Ils profitent de la place de pique-nique aménagée pour se reposer. Cependant leur curiosité les pousse plus loin dans la forêt : ils ont entendu parler d’une pierre mystérieuse, la « pierre qui tourne ». Quand ils la trouvent, ils restent à une distance respectable ; en effet, des rumeurs courent sur ce site étrange : il faut éviter à tout prix de toucher cette pierre à minuit, selon certains, à onze heures, selon d’autres. Car une simple pression, et, comme le dit son nom, la pierre tourne, délivrant des sorcières qui n’attendaient que cela pour se mettre à danser…
Les légendes sont souvent imprécises, on ne sait pas d’où elles proviennent, plusieurs versions différentes circulent parfois, mais méfions-nous : comme le dit sagement le dicton : « Il n’y a pas de fumée sans feu » ! Et personne ne peut dire avec certitude qu’il n’arrivera rien aux escargonautes s’ils ont l’imprudence de toucher la pierre qui tourne !
Vite ! Fuyez, petits escargots, et poursuivez la visite…
« La pierre qui tourne n’intrigue pas que les escargots… »
On parle d’escargots depuis des semaines dans ces colonnes… Mais sait-on vraiment qui sont ces animaux sympathiques ?
L’escargot en quelques chiffres :
Si vous cultivez un jardin, vous avez déjà pu constater que l’escargot est une petite bête très gourmande :
Ses repas peuvent durer des heures. Equipé de 4 tentacules et de 2 yeux, l’escargot repère ce qui est bon à manger. Puis avec sa bouche à 4 lèvres et son unique dent, en haut, il saisit la feuille. Sa langue, appelée « radula », fonctionne comme une râpe à bois. Elle est garnie de milliers de petites dents, qui coupent la feuille en morceaux. Il a beau n’avoir qu’un pied, il avance à 9 mètres à l’heure, et grâce à son mucus, il peut grimper aux buissons, ramper la tête en bas… rien ne l’arrête : cachez-vous, les salades !
Chacun sait que l’escargot est hermaphrodite. Mais qu’est-ce que cela signifie pratiquement ?
L’escargot possède 2 sexes à la fois, mais ne peut pas s’ « autoféconder ». A partir de l’âge de 2 ou 3 ans, il peut songer à s’accoupler. Il doit donc partir à la recherche d’un compagnon. Après s’être salués du bout des tentacules, les 2 partenaires commencent à se mordiller. Ils se dressent face à face, chacun essayant de piquer l’autre d’une sorte de poignard calcaire qui sort de son cou. Enfin, au bout d’une 12aine d’heures de « combat », au comble de l’excitation, chaque escargot introduit son organe mâle dans l’orifice femelle de son compagnon. Ce mariage est épuisant, et l’escargot se repose ensuite, un long moment. Puis, il part de son côté. Une 15aine de jours plus tard, l’escargot choisit un endroit chaud et humide pour creuser son nid. Il lui faut 10 heures pour faire le trou, 12 heures pour pondre (1 œuf toutes les 5 minutes environ, qui vient s’agglutiner aux autres), et encore 8 heures pour le reboucher ! Ils peuvent recommencer l’opération jusqu’à 6 fois dans la saison.
3 semaines plus tard… A 8 centimètres sous la surface du sol, une agitation se produit : l’enveloppe d’un œuf se déchire, et un minuscule escargot naît dans l’obscurité tiède et humide (environ 20°). L’opération se répétera environ 80 fois.
Une coquille, fine et transparente, est déjà là sur son dos. A sa naissance, l’escargot ne pèse que 22 mg, et on comprend pourquoi il dévorera tant de salades, pour arriver à ses 20 g d’adulte !
Il ne respire pas par la bouche, mais par un orifice qui conduit l’air à son unique poumon. Il l’ouvre 3 fois par minute en activité, et 1 fois par minute au repos.
Dès 4 heures du matin, le petit escargot sort de sa cachette pour gagner le lieu de ses banquets : une prairie, un petit bois, un jardin… Pendant le jour, il dort. Mais en reprenant son activité avec la fraîcheur de la nuit, il risque de faire de mauvaises rencontres, car les prédateurs sont nombreux : hérisson, scarabée, musaraigne, blaireau, renard, rapace…
Pour se défendre, l’escargot fait des bulles. Par ce curieux moyen, il tente d’impressionner ses ennemis, mais est-ce vraiment efficace ?
Et puisqu’il est question de chiffres aujourd’hui, n’oubliez surtout pas : 4 juin, dernier délai pour répondre au concours !
Suite des aventures en Gastéropodie...
La Joux
Après diverses pérégrinations fantasmagoriques des Escargonautes, nous reprenons nos esprits pour examiner plus attentivement l’environnement de La Joux, cette partie du territoire de Romont coincée d’est en ouest comme une colonne vertébrale à l’altitude moyenne de 900 m entre les communes de Perles (Pieterlen) au sud et de Vauffelin au nord. Sur près de 2,5 km de long et moins de 300 m de large, cette écharde relie le finage principal de notre village à la Montagne de Boujean proprement dite.
Il s’agit en vérité d’un remarquable balcon d’où, par temps propice, on embrasse d’un coup d’œil l’ensemble du plateau suisse et la totalité de l’Arc alpin entre la Savoie et le Hauhe Tauern.
Remis de nos frousses, nous quittons d’un pas appuyé la fameuse Pierre qui Tourne pour grimper encore un peu dans les pâtures boisées et atteindre la borne trigonométrique 908,8. Nommé Le Signal, ce point est situé au centre d’un carré mesurant près de 8 mètres de côté, les angles étant marqués par de gros blocs de bétons enterrés, à peine visibles dans la végétation. Ces blocs percés en leur centre retenaient originellement quatre poutres dressées qui formaient l’armature d’un mirador en bois d’environ 10 m de haut, construit pendant la guerre de 1914 – 1918. Des soldats de cette époque se postaient sur cette tour pour observer tout mouvement suspect de troupes dans la plaine de l’Aar. (Avec les moyens de détection et optiques disponibles alors, on peut supposer que les activités louches étaient loin d’être toutes décelées et que les guetteurs savouraient, par contre pleinement, les beautés du panorama étendu devant eux ! ) L’une ou l’autre poutre cassée et vermoulue fichée dans le béton attestaient encore visiblement, dans les années 30 – 40, l’existence de cette tour. Pourquoi diantre à cette époque, des hommes du village, valides et de bonne volonté, n’ont-ils pas entretenu, voire restauré cette tour ? Nous aurions peut-être aujourd’hui notre TOUR DE ROMONT en concurrence avec la TOUR DE MORON !
Quittons ce lieu stratégique pour en découvrir un autre, érigé 300 m plus à l’ouest, sur le replat du pâturage. La Cuve, ce bâtiment couvrant près de 150 m2 de surface, ouvert sur trois faces à l’origine, ne comprenait qu’une grossière charpente et un toit de bardeaux (tavaillons) à deux pans pour recueillir l’eau de pluie amenée ensuite dans une citerne au moyen de chéneaux taillés dans de longues et fines billes de sapin. Ce toit dont les colonnes maîtresses de la charpente s’appuyaient sur de gros moellons de pierre, servait aussi d’abri temporaire au bétail en estivage. La citerne cylindrique creusée à proximité, colmatée de chaux, de marne et de moellons de pierre pouvait contenir près de 60 m3 d’eau. Dès après la construction de ce point d’eau, -1ère moitié du 19è siècle - le berger chargé de la garde des troupeaux en estive avait chaque jour mission d’assurer suffisamment d’eau dans un bassin de fontaine en bois, en soutirant le précieux liquide de la citerne au moyen d’une pompe à bras.
Sommes-nous conscients qu’avant cette première construction - réaménagée et modernisée entre temps - il n’existait certes aucun point d’eau pour abreuver le bétail sur l’ensemble du territoire de plus de 40 ha des pâtures de La Joux ? Un Plan géométrique – Ban de la Commune de Romont, daté du 12 brumaire an XII, exécuté sur ordre gouvernemental (français) par le géomètre Voisin précise pourtant que La Joux comprenait de grandes surfaces en Pâtures communales.
Sans doute n’estivait-on alors que des moutons, des chèvres et quelques bœufs.
Précisons encore que la fontaine du devant de La Joux au lieu-dit Les Ecovots ne fut construite qu’après la réalisation du réseau général d’eau sous pression, en 1925 ! Actuellement, il est même question d’alimenter des points d’eau sous pression sur l’ensemble de La Joux ! Sacrée évolution va !
Quittons La Cuve et filons vers l’ouest à travers le pâturage en pente douce. En quelques enjambées nous voilà fouler quelques lapiaz (laves) affleurants, sentant bon le thym serpolet et l’origan, en bordure d’un boisement clairsemé appuyé à la crête calcaire. Nous sommes au lieu dit : Paré Mochou (probablement «Poirier Moussu» en bon français). Il s’agit d’une zone de pâturage boisé (alt. 920 m) où il est intéressant de trouver une association naturelle de bouleaux, d’aliziers, de pommiers et poiriers sauvages parmi les ronces et les épines noires.
Dans l’herbage, coincé entre des épicéas qui se dressent à l’angle sud-est du bosquet du Paré Mochou, le promeneur attentif distinguera aussi un bizarre tumulus conique de près de 10 m de diamètre
Le sommet tronqué et concave de ce monticule atteste que la main de l’homme a façonné cet élément insolite. De toute évidence, il s’agit d’un ancien four à chaux. En cherchant bien, un peu plus au nord – ouest, entre les souches d’arbres et des blocs disparates de calcaires nous découvrirons au moins encore trois ou quatre de ces tumulus. Ces vestiges ont sans doute produit une grande partie du mortier utilisé pour assembler les murs des maisons du village de Romont au 18 et 19è siècles, ainsi que pour colmater les citernes à eau construites à la même époque. Initialement, les maisons de nos ancêtres étaient sans doute essentiellement construites en bois, entre temps incendiées, érodées et rabotées par le temps. Preuve en est que nous trouvons peu de datations de construction d’immeubles antérieures à 1700 !
Avec déférence et respect nous quitterons ces lieux chargés d’histoires qui s’érodent bigrement au fil du temps, pour nous apprêter à vivre dans la prochaine et dernière étape quelques anecdotes insolites de La Joux.
F. Benoit 05.06.07
La Joux
, suite et finMarchant toujours en direction de l’ouest, après avoir « feuné » de part et d’autre de la crête chaotique du site boisé de Paré Mochou, où nous recherchions des vestiges de fours à chaux vive, nous voilà d’un coup en arrêt devant un solide mur de pierres sèches dressé du sud au nord. Sommes-nous à la fin de La Joux ? Que non, ce mur qui remonte la pente sur 200 m depuis la limite communale de Perles, préserve simplement la bordure est du «Bois des Perroyers». Dès ici, plus question de chercher un point de vue s’ouvrant sur le plateau. Le rideau fermé des arbres dressés sur l’adret du «Bois des Perroyers» isole étonnamment le promeneur de tous les bruits de la plaine.
Par un couloir en escalier, nous entrons dans la dernière zone du pâturage de La Joux. Cet étroit corridor d’à peine 150 m de large sur 1 km de long, cerné entre la limite de la forêt de l’Envers de Vauffelin au nord et le Bois des Perroyers au sud, constitue un remarquable milieu calme et tranquille, à peine troublé en période de vent d’ouest. Entrés dans ce couloir en prenant un peu d’altitude en limite nord, nous atteignons le lieu-dit «Bois des Lagas», point culminant de La Joux à 964 m. Ce replat sommital plutôt humide reflète une ambiance de forêt boréale. – Ici-même, nous avons guetté, en vain, la minuscule Chouette chevêchette originaire du Grand Nord ! – A cet endroit aussi, il y a un quart de siècle, se dressaient encore deux monumentaux épicéas (portant le titre de Sapins Présidents dans le Jura français) longs de 35 m et de plus de 2,5 m de diamètre à la base. Pour sûr que, petits sapelots, ces vénérables arbres ont été frôlés par des ours bruns qui vivaient ici au temps de la guerre de Trente ans ! Les Présidents ont été abattus, mais il règne toujours dans ce milieu un petit air mystique où des gnomes dansent parfois entre les souches des vieux arbres, enrubannées de longues barbes de lichens !
En parlant d’ours, nous ne pouvons ignorer qu’un exemplaire de cette espèce fut tué «Sur la Joux» le 24 août 1746 ! Ce fait d’armes est attesté dans les archives communales de Romont le jour suivant. Ensuite de quoi, une notification de la Paroisse de Vauffelin datée du 27 septembre 1746, relève que cette autorité ouvre une procédure et réclame une sentence contre la Commune de Romont au sujet de l’ours tué «Sur la Joux». - Des taxes et quelques dizaines de deniers étaient en jeu pour la paroisse voisine qui supposait à tort ou à raison que l’ours tué se traînait plutôt sur son territoire lorsqu’il fut coiffé ! La méfiance de nos voisins, conduisant au conflit d’intérêts, peut se comprendre aujourd’hui, sachant que Romont était, à cette époque, encore rattaché à la Paroisse de Perles. - Après deux ans de procès, - assignations, notifications, sentences et appels divers - le l8 avril 1748, Romont obtint que l’on mette les parties hors de cour. Ceci déboucha sur une annulation de la procédure, sans appointements !
Si cette histoire réelle prouve que l’ours brun rôdait bien dans le pâturage de la Joux il y a 260 ans, rien n’empêche de supposer que d’autres ursidés avaient, bien après cette date, leurs quartiers au lieu-dit «Bärering» dans la forêt «Hinden im Malers», sur l’adret du Vorberg, à peine 300 m en aval du Bois des Perroyers.
- Au fait, avez-vous déjà entendu parler de la réintroduction de l’ours dans les forêts jurassiennes ? - Contenons-donc un peu nos émotions… nous sommes toujours au «Bois des Lagas», et reprenons notre balade vers l’ouest pour découvrir en contrebas, une belle plage de pâture qui tranche par sa surface plane dans le reste du territoire au relief plutôt modelé. L’aménagement de cette terre date de la période des restrictions alimentaires de 1939 à 45 ! A cette époque, la Bourgeoisie de Romont mit deux surfaces identiques à disposition du «Plan Wahlen» promouvant alors un approvisionnement alimentaire quasi autarcique de notre pays. La première de ces surfaces fut soustraite à la limite ouest du pâturage des Oeuchettes : aujourd’hui «Champ des téléphonistes». La deuxième pièce de terrain fut délimitée sur «La Joux–Derrière», tout à côté du «Bois des Lagas». Ces terres en friches furent louées à bon compte à des groupements corporatifs d’entreprises. La parcelle de «La Joux-Derrière» fut attribuée à une communauté d’horlogers de Longeau. Ces braves gens, astreints à un régime frugal pendant toute la période des rationnements alimentaires, vinrent défricher puis cultiver le terrain en bail à coups de pics, de pelles et de pioches. Ils produisirent ici de bonnes rations complémentaires de pommes de terre. Temporairement soutenus par quelques autochtones qui prêtaient des chevaux et quelques machines, ces vaillants paysans-citadins méritent une pensée émue.
Au milieu de ce champ rendu à la pâture estivale depuis des lustres, nous sommes vraiment au point le plus étroit de «La Joux». En levant les yeux vers le couchant, un horizon nouveau se dessine au bout du couloir. Un imposant mur de pierre boucle nettement la limite extrême de «La Joux» et marque du même coup la frontière entre les communes de Romont et de Vauffelin.
Au-delà, une image lointaine se découpe en croupes bleutées : la Montagne de Douanne, le Soliat, le Spitzberg, le Chasseral et son antenne, les Coperies, la Montagne du Droit, Montoz. En nous déhanchant devant le grand mur, nous remarquons en contrebas des monts cités, le charmant vallon d’Orvin et juste à notre droite, paraissant à un jet de pierre, le plateau de Plagne. En nous étirant encore un peu, nous découvrons vraiment tout près, entre les pieds des chevaux qui broutent, le petit vallon transversal au fond duquel se cache la «Bergerie sur l’Envers de Vauffelin».
Asseyons-nous quelques instants sur le mur de pierre, vénérable archet tendu entre nos deux communes et in fine, remettons en mémoire une tranche d’histoire.
C’était il y a longtemps… mais les innombrables blocs de calcaires, tels des trolls dressés, penchés, tordus, couchés de part et d’autre du petit vallon où se niche la «Bergerie sur l’Envers» sont restés les témoins d’une épopée qu’un infortuné berger-bûcheron et sa modeste famille vécurent dans ces lieux plutôt hostiles. Le maître de céans, en s’occupant de la garde de quelques maigres génisses en estivage, gagnait à peine de quoi acheter des sabots pour ses enfants à la foire d’automne de Bienne. Propriétaire d’une demi-douzaine de chèvres, il en tirait juste assez de lait pour tremper du pain noir accompagnant de frugaux repas.
Portant le nom d’un brillant et glorieux empereur romain, notre hère cultivait aussi son jardin potager et quelques raies de pommes de terre. Dans le bail conclu avec la commune de Vauffelin, était aussi comprise une pièce de terre de deux arpents qu’un paysan de Plagne venait labourer au printemps avec son attelage et sa charrue, avant d’y semer un peu d’orge ou de blé. A la morte saison, le berger bûcheronnait dans les bois d’alentours, un jour pour le compte de la commune de Perles, le lendemain, sur le sol de la commune de Meinisberg, mais aussi sur Vauffelin et sur Romont , les limites des communes s’entrecroisant dans le coin !
Notre rusé gaillard épris de liberté, célibataire dans un premier temps, était immensément ingénieux. Fort habile de ses mains il façonnait des morceaux de bois et de la ferraille récupérée, il créait des ustensiles coutumiers et forgeait d’étonnants instruments ainsi que tous les outils d’usage journalier.
Pendant les deux dizaines d’années qu’il a vécu «Sur l’Envers», notre preux maître fripon a entretenu de puissants liens avec la nature qui l’entourait : il en connaissait la rudesse dans les bourrasques hivernales et les giboulées cinglantes sous le vent du nord. Mais il se saoulait aussi des exubérances printanières, de la parade du grand tétras au rut du brocard en passant par les effluves de l’aspérule odorante.
Pétri d’excès, «L’empereur de l’Envers de Vauffelin» passait aussi, loin à la ronde, pour le plus roué des braconniers. Etait-ce une tare héréditaire ou avait-il affûté sa passion au contact de son grand ami, le pasteur qui officiait dans la paroisse …? Atypique, chaleureux et ardent défenseur des droits d’autrui, ce prêtre avait vécu sa jeunesse à la Cour des Tzars de Russie et il connaissait bien les ruses des trappeurs du Grand Nord. Avait-il plus de soin de faire mourir des lièvres que d’assister ses paroissiens. Qui sait ? C’est du moins tout naturellement qu’il a accordé son amitié sans faille au «Seigneur passionné» de l’Envers.
Et ce qui est certain, c’est que les deux hommes se vénéraient et se respectaient mutuellement, au titre de saint pour l’un et d’auguste pour l’autre !
F.Benoit 12.06.07
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